Retraite supplémentaire : comment optimiser vos contrats PER après la réforme

Optimisez vos contrats de retraite supplémentaire post-réforme : stratégies fiscales, allocation d’actifs et sorties optimales pour maximiser performance.

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Retraite supplémentaire : comment optimiser vos contrats PER après la réforme

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La réforme des retraites a profondément modifié l’architecture de l’épargne retraite en France. Pour les conseillers en gestion de patrimoine, cette transformation réglementaire représente bien plus qu’une simple adaptation technique : elle constitue une opportunité de repositionnement stratégique. Les contrats de retraite supplémentaire exigent désormais une approche d’optimisation renouvelée, intégrant fiscalité actualisée, nouvelles fenêtres de sortie et arbitrages patrimoniaux sophistiqués. Maîtriser ces évolutions permet de délivrer une valeur ajoutée immédiate et différenciante auprès d’une clientèle en quête de sécurité et de performance.

L’écosystème post-réforme : comprendre les nouvelles règles du jeu

La loi PACTE a unifié le paysage de l’épargne retraite autour du Plan d’Épargne Retraite (PER), mais les réformes successives ont continué d’affiner le dispositif. Depuis l’entrée en vigueur progressive des dernières mesures, trois changements structurels redéfinissent l’optimisation patrimoniale.

Premier bouleversement : l’assouplissement des conditions de déblocage anticipé. Au-delà des cas historiques (acquisition de résidence principale, surendettement), de nouvelles situations ouvrent des fenêtres de liquidité stratégiques. Cette flexibilité transforme le PER en outil patrimonial hybride, à mi-chemin entre l’assurance-vie et le produit de retraite pur.

Deuxième mutation : la réforme fiscale sur les sorties en rente viagère. Le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30% s’applique désormais différemment selon la nature des versements (volontaires, obligatoires ou issus de l’épargne salariale). Cette segmentation fiscale exige une cartographie précise de l’origine des flux pour optimiser la sortie.

Selon une étude du cabinet Facts & Figures, 68% des épargnants interrogés ignorent la différence fiscale entre leurs compartiments PER, générant une perte d’optimisation moyenne de 4 200€ sur la durée.

Troisième évolution : l’intégration renforcée avec l’épargne salariale. Les dispositifs d’intéressement et de participation bénéficient de passerelles facilitées vers le PER collectif. Cette articulation crée des stratégies d’alimentation optimisées, particulièrement pour les dirigeants et professions libérales en société.

Cartographie des compartiments PER

Compartiment Nature versements Déductibilité Fiscalité sortie capital Fiscalité sortie rente
Individuel Volontaires Oui (plafond 10%) TMI + 17,2% PS Rente viagère à titre onéreux
Collectif Versements employeur Non PFU 30% (hors PS) Rente viagère à titre gratuit
Catégoriel Obligations professionnelles Oui (selon régime) TMI + 17,2% PS Rente viagère à titre gratuit

Conseil opérationnel : Réalisez systématiquement un audit des compartiments existants pour vos clients détenant d’anciens PERP, Madelin ou Article 83. La migration vers un PER unifié permet de rationaliser la gestion tout en optimisant la stratégie de sortie.


Stratégies d’optimisation fiscale : au-delà des évidences

L’optimisation fiscale des contrats de retraite supplémentaire ne se limite plus au simple arbitrage déductibilité/sortie. Plusieurs techniques avancées permettent de maximiser l’efficience patrimoniale.

La technique du « lissage fiscal inversé » consiste à concentrer les versements déductibles durant les années de haute tranche marginale d’imposition, puis à organiser une sortie progressive en capital durant des années à faible TMI. Pour un chirurgien libéral à 45% de TMI qui anticipe une baisse d’activité progressive, cette approche génère un gain fiscal net de 18% à 22% sur l’ensemble du cycle.

L’arbitrage PER/assurance-vie doit intégrer trois paramètres souvent négligés :

  • L’horizon de détention (le PER devient fiscalement supérieur au-delà de 12 ans pour les profils TMI > 30%)
  • La stratégie successorale (l’assurance-vie conserve un avantage transmission jusqu’à 152 500€ par bénéficiaire)
  • La liquidité patrimoniale globale (maintenir 40% d’actifs liquides minimum)

Cas client : Un dirigeant de 52 ans, TMI à 41%, dispose de 480 000€ en assurance-vie et verse 15 000€ annuels. En réorientant 10 000€ vers un PER (économie fiscale immédiate de 4 100€) tout en conservant 5 000€ en assurance-vie pour la liquidité, il optimise simultanément fiscalité et transmission. Sur 13 ans, le gain cumulé atteint 73 400€.

Plafonds de déductibilité : maximiser l’enveloppe disponible

Les plafonds de versement déductible s’établissent à :
10% des revenus professionnels (plafond 2024 : 35 194€ pour revenus > 351 936€)
4 114€ minimum pour les revenus inférieurs au plafond annuel de la Sécurité sociale

La subtilité réside dans la mutualisation conjugale des plafonds. Un couple où l’un des conjoints sous-utilise son plafond peut transférer cette capacité inutilisée. Cette technique, encore méconnue, permet d’optimiser jusqu’à 70 388€ de versements déductibles pour un couple de dirigeants.

Question fréquente : Peut-on utiliser le plafond non utilisé des années précédentes ?

Oui, le dispositif du « rattrapage fiscal » autorise l’utilisation des plafonds des trois années antérieures, sous conditions de justification. Pour un professionnel libéral ayant négligé son épargne retraite, cette opportunité permet de reconstituer rapidement une enveloppe significative tout en générant une économie fiscale immédiate.

Action immédiate : Construisez pour chaque client un tableau de suivi pluriannuel des plafonds utilisés et disponibles. Cet outil simple devient un argument commercial puissant lors des rendez-vous de fin d’année.


Optimisation des supports d’investissement : dépasser la gestion profilée

La performance nette du contrat de retraite supplémentaire dépend autant de la stratégie d’allocation que de l’optimisation fiscale. Or, les gestions profilées standards proposées par défaut génèrent fréquemment une sous-performance de 1,2% à 1,8% annuel selon les analyses comparative de Quantalys.

La gestion pilotée à horizon mérite une réévaluation critique. Si elle offre une sécurisation progressive, elle présente trois biais structurels :

  1. Une désensibilisation trop précoce (souvent 10 ans avant la retraite)
  2. Une surpondération obligataire dans un environnement de taux contraint
  3. Une absence de personnalisation selon le patrimoine global

Alternative sophistiquée : la gestion « core-satellite optimisée » combine :
– Un cœur de portefeuille (60-70%) en allocation diversifiée passive (ETF monde, obligations diversifiées)
– Une poche satellite (20-30%) sur des thématiques décorrélées (infrastructure, dette privée, small caps)
– Une réserve opportuniste (10%) pour saisir les dislocations de marché

Un client de 48 ans, horizon retraite 17 ans, peut maintenir 75% d’exposition actions via cette approche, contre 45% en gestion profilée classique. Sur la durée, le différentiel de performance attendu atteint 2,4% annuel.

Typologie d’allocation selon le profil

Profil client Horizon Allocation actions Allocation alternatives Poche sécurisée
Jeune actif (30-40 ans) >20 ans 85-90% 10-15% 0-5%
Actif confirmé (40-50 ans) 10-20 ans 65-75% 15-20% 10-15%
Pré-retraité (50-60 ans) 5-10 ans 40-55% 15-25% 25-40%
Proche retraite (<5 ans) <5 ans 20-30% 10-15% 55-70%

Question fréquente : Faut-il privilégier les fonds euro ou les fonds obligataires dans la poche sécurisée ?

La réponse dépend de la fiscalité de sortie envisagée. Pour une sortie en capital (imposition TMI + PS), le fonds euro offre un rendement net supérieur (2,8% à 3,2% en moyenne contre 2,1% pour les fonds obligataires après frais). Pour une sortie en rente viagère, les fonds obligataires diversifiés internationaux génèrent un meilleur couple rendement/risque.

Conseil pratique : Négociez systématiquement l’accès à la gamme institutionnelle ou aux mandats d’arbitrage pour vos clients au patrimoine significatif (>300 000€). La réduction des frais de gestion de 0,60% génère mécaniquement 12 800€ de performance supplémentaire sur 20 ans pour un capital de 100 000€ à +5% annuel.


Stratégies de sortie : orchestrer la phase de restitution

La sortie du contrat de retraite supplémentaire constitue le moment décisif où se cristallise l’ensemble de l’optimisation patrimoniale. Trois stratégies dominantes émergent, chacune adaptée à un contexte spécifique.

Stratégie 1 : La sortie progressive en capital

Privilégiée pour les clients disposant d’un patrimoine diversifié et souhaitant maîtriser leur fiscalité, elle consiste à fractionner les rachats sur plusieurs années fiscales. Un client disposant de 450 000€ en PER peut organiser 9 rachats de 50 000€, en calibrant chaque retrait pour rester sous un seuil de TMI ciblé.

Cette approche permet de :
– Optimiser la progressivité de l’impôt
– Conserver une partie du capital investi sur des supports dynamiques
– Ajuster les flux aux besoins réels

Stratégie 2 : La combinaison rente viagère partielle + capital

Pour un client de 65 ans avec 380 000€ en PER, une sortie mixte (60% capital / 40% rente) génère :
– Un capital immédiat de 228 000€ (fiscalité : TMI + PS sur la part issue de versements déductibles)
– Une rente viagère mensuelle de 890€ (fiscalité : fraction imposable de 30% à 70% selon l’âge)

Cette structure hybride sécurise un revenu complémentaire garanti tout en préservant la flexibilité patrimoniale.

Stratégie 3 : Le différé de sortie stratégique

Technique méconnue et pourtant puissante : différer volontairement la sortie jusqu’à 72-75 ans pour maximiser le rendement actuariel de la rente. Un différé de 7 ans augmente le coefficient de conversion de 28% à 32%, soit une majoration de rente de 14,3% à capital identique.

Une étude de l’Institut de la Protection Sociale révèle que seulement 11% des détenteurs de PER envisagent un différé de sortie, alors que 43% pourraient en bénéficier significativement selon leur situation patrimoniale.

Checklist de préparation à la sortie (24 mois avant)

  1. Cartographier précisément l’origine des versements (déductibles/non déductibles/abondement)
  2. Simuler les trois options de sortie avec calculs fiscaux détaillés
  3. Analyser le patrimoine global (autres revenus, IFI, transmission)
  4. Anticiper les besoins de liquidité sur 10 ans
  5. Comparer les tables de mortalité des assureurs pour la rente viagère
  6. Optimiser l’année de déclenchement (revenus exceptionnels, année blanche)

Cas d’optimisation avancée : Une cliente de 63 ans, revenus fonciers 42 000€, envisage une retraite à 65 ans avec baisse de revenus. En différant sa sortie PER de 3 ans (jusqu’à 68 ans) et en organisant des travaux de rénovation énergétique déductibles sur la période intermédiaire, elle réduit sa TMI de 41% à 30% au moment de la sortie. Économie fiscale nette : 31 200€ sur un capital de 280 000€.

Question fréquente : La rente versée par le PER est-elle réversible automatiquement au conjoint ?

Non, la réversion n’est pas automatique et doit être explicitement souscrite lors de la liquidation. Le taux de réversion (de 60% à 100%) impacte directement le montant de la rente initiale. Une réversion à 100% réduit la rente de 15% à 22% selon l’écart d’âge. Cette décision patrimoniale majeure doit intégrer la situation du conjoint (revenus, patrimoine propre, espérance de vie).

Action immédiate : Créez un simulateur Excel personnalisé intégrant les barèmes fiscaux actuels, les tables de conversion en rente, et les différentes combinaisons possibles. Cet outil transforme la consultation en expérience conseil premium.


Vers une approche patrimoniale globale de la retraite supplémentaire

L’optimisation des contrats de retraite supplémentaire ne peut plus s’envisager isolément. Elle s’inscrit désormais dans une orchestration patrimoniale globale intégrant succession, fiscalité, liquidité et protection sociale.

Premier axe d’intégration : l’articulation avec la stratégie de cession d’entreprise. Pour un dirigeant anticipant une cession dans 5 à 8 ans, l’alimentation massive du PER durant les années précédant la vente permet de transformer une partie de la plus-value professionnelle en épargne retraite déductible. Cette technique, baptisée « tunneling fiscal« , peut générer une économie de 150 000€ à 300 000€ selon la structure de cession.

Deuxième levier : la coordination avec l’optimisation successorale. Contrairement à l’assurance-vie, le PER sort de l’actif successoral en cas de décès avant liquidation (transmission hors droits dans la limite de 30 500€ de versements après 70 ans). Pour un patrimoine exposé à l’IFI, l’arbitrage entre PER et assurance-vie mérite une modélisation précise.

Troisième dimension : l’intégration de la protection sociale. Les contrats de retraite supplémentaire à prestations définies (Article 39) et à cotisations définies (Article 83) pour les dirigeants s’articulent avec le PER obligatoire. Une stratégie globale calibre les trois étages pour maximiser la couverture tout en optimisant la déductibilité.

Matrice décisionnelle d’optimisation globale

Situation client Priorité PER Arbitrage clé Technique avancée
Dirigeant TMI 45%, cession à 3 ans Très élevée Maximiser versements déductibles Tunneling fiscal
Profession libérale 50 ans, patrimoine 2M€ Élevée Équilibrer PER/AV selon IFI Split patrimonial
Cadre supérieur épargne salariale Moyenne Optimiser passerelles PEE/PER Cascade fiscale
Retraité 68 ans, capital PER 400k€ Stratégique Sortie optimisée vs besoins Différé ou hybride

Question fréquente : Peut-on transmettre un PER non liquidé à ses héritiers avec l’avantage fiscal de l’assurance-vie ?

Partiellement. En cas de décès avant la retraite, le capital PER est transmis aux bénéficiaires désignés. Les versements effectués avant 70 ans bénéficient d’un abattement de 152 500€ par bénéficiaire (comme l’assurance-vie), mais les versements après 70 ans ne profitent que d’un abattement global de 30 500€ (contre aucune fiscalité pour l’assurance-vie). Cette asymétrie justifie une allocation différenciée selon l’âge.

Vision prospective : Les évolutions réglementaires à anticiper concernent probablement l’harmonisation européenne des produits de retraite (PEPP – Pan-European Pension Product) et le renforcement des dispositifs collectifs obligatoires. Les CGP qui maîtrisent dès aujourd’hui l’articulation entre épargne individuelle et collective disposeront d’un avantage décisif.

Conseil différenciant : Proposez systématiquement un « bilan retraite augmenté » intégrant :
– Projection des droits régime de base et complémentaire
– Optimisation des trimestres et rachat de cotisations
– Cartographie complète de l’épargne retraite (tous contrats)
– Simulation de revenus post-retraite selon 3 scénarios
– Plan d’action pluriannuel d’optimisation

Cette approche transforme une simple consultation produit en mission conseil patrimoniale globale, justifiant une rémunération à la hauteur de la valeur créée.


Foire aux questions complémentaires

Peut-on débloquer un PER pour financer les études supérieures de ses enfants ?

Non, ce cas ne figure pas parmi les situations de déblocage anticipé autorisées. Seuls l’acquisition de résidence principale, la cessation d’activité indépendante, le surendettement, l’invalidité, le décès du conjoint et l’expiration des droits au chômage ouvrent cette possibilité.

Les frais sur versement sont-ils déductibles fiscalement ?

Non, seuls les versements nets alimentant effectivement le contrat bénéficient de la déductibilité. Les frais sur versement (0% à 5% selon les contrats) constituent une charge non déductible, d’où l’importance cruciale de la négociation tarifaire.

Comment optimiser un PER pour un expatrié de retour en France ?

L’expatrié doit reconstituer ses droits à déduction sur trois axes : régularisation de la résidence fiscale, justification des plafonds disponibles (convention fiscale internationale), et optimisation de la première année d’imposition en France (souvent propice aux versements massifs).