La multipropriété immobilière en France : une concentration croissante dans le parc privé

·

Partager cet article :


En 2022, la France hors Mayotte comptait 9,7 millions de personnes possédant au moins deux biens immobiliers. Cette statique, révélée par l’étude « IP2046 » publiée par l’Insee en avril 2025, illustre une tendance profonde de concentration du patrimoine immobilier. Cette analyse met en lumière une dynamique sociale et financière forte : les multipropriétaires, souvent plus âgés et plus aisés, structurent le marché immobilier à travers leurs pratiques d’acquisition et d’investissement. Ce phénomène, particulièrement marqué dans les zones touristiques et les grandes villes, interroge sur l’accessibilité à la propriété dans un contexte de pressions croissantes sur le marché locatif.

Un tiers des propriétaires possèdent plusieurs biens

En 2022, près d’un tiers des propriétaires disposaient au moins de deux logements en France métropolitaine. Cette proportion souligne un déséquilibre notoire dans la répartition des biens. La majorité de ces multipropriétaires possèdent deux logements (60 %), tandis qu’une minorité, soit 3 %, en détient dix ou plus. Ces données montrent une concentration économique où les multipropriétaires constituent un pilier central du marché. 27,6 millions de personnes possèdent au total 29,2 millions de logements, ce qui indique une répartition inégale des richesses dans le parc privé. Ces disparités deviennent particulièrement flagrantes dans des régions prisées comme les zones touristiques où la demande est élevée. Les usages de ces biens ne se limitent pas à l’occupation : une grande partie des logements supplémentaires est mise en location.

Un profil type : âgés, aisés et concentrés dans les grandes agglomérations

Les multipropriétaires présentent des caractéristiques communes. Ils sont généralement plus âgés que les monopropriétaires et disposent d’un pouvoir d’achat supérieur. Les données montrent que leur niveau de vie augmente avec le nombre de biens possédés, consolidant ainsi une forme de concentration des richesses. Cette structure patrimoniale se reflète dans les métropoles comme Paris, Lyon ou Marseille, mais aussi dans des lieux touristiques comme la Côte d’Azur ou les Alpes. Ces propriétaires enrichissent leur portefeuille par des biens souvent situés à proximité de leur résidence principale, facilitant la gestion de ces actifs. Ce phénomène engendre toutefois un impact sur le marché locatif, notamment dans les centres urbains où les tensions sur l’offre s’accentuent.

Un marché locatif façonné par les gros propriétaires

Les logements supplémentaires détenus par les multipropriétaires portent le marché locatif privé. L’étude informe que deux tiers des logements du parc privé appartiennent à au moins un multipropriétaire. Parmi eux, ceux possédant cinq biens ou plus jouent un rôle central : ils détiennent la moitié des logements mis en location en France. Pourtant, ils ne représentent que 4 % des propriétaires. Cette concentration leur confère une capacité d’influence importante sur les prix, souvent au détriment des locataires. La proximité entre les résidences principales et les logements loués, exprimée dans l’étude, favorise une gestion simplifiée, mais contribue parfois à saturer localement le marché. Par ailleurs, cette situation est exacerbée par des politiques du logement parfois insuffisantes pour redistribuer ou rationnaliser l’accès à la propriété.

Multipropriété et tensions sociétales

Dans un contexte de crise du logement, la multipropriété suscite des débats croissants. Les zonages tendus amplifient les difficultés d’accès à l’habitation pour les populations modestes. Les jeunes générations, en particulier, rencontrent des obstacles majeurs à l’acquisition de leur premier bien. Cet écart se creuse davantage dans les zones où les multipropriétaires dominent le marché, limitant la disponibilité de biens à des prix abordables. D’autant que les logements inoccupés ou utilisés à des fins saisonnières accentuent les tensions sur le parc accessible. Les dispositifs fiscaux, bien qu’existants (comme la taxation sur les logements vacants), peinent souvent à corriger cette concentration. Face à cela, des appels réformistes se multiplient pour endiguer cette dynamique inégalitaire et garantir une meilleure équité dans l’accès au logement.

Conclusion

La multiplication des biens immobiliers au sein d’un segment restreint de la population française révèle des enjeux socio-économiques majeurs. Entre concentration de la richesse et impact sur le marché locatif, ces pratiques façonnent profondément le paysage immobilier français. Pour autant, cette tendance soulève des questions cruciales sur la durabilité et l’équité de ce système. Alors que les inégalités d’accès au logement se creusent, la nécessité d’une régulation adaptée s’impose pour garantir un équilibre entre rentabilité privée et justice sociale.