Le baromètre de l’inclusion financière : une radiographie de janvier 2025 sur les défis bancaires en France

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L’accès aux services bancaires et la gestion des dettes restent des priorités critiques dans la lutte contre l’exclusion financière. En janvier 2025, la Banque de France a publié son Baromètre de l’inclusion financière, qui met en lumière des tendances préoccupantes, mais aussi des améliorations notables. Ce rapport explore des phénomènes comme le surendettement, les incidents de paiement et l’accès renforcé aux comptes bancaires. Ces données complètes permettent de mieux comprendre les réalités financières des Français face aux défis économiques actuels.

Le surendettement : une hausse ralentie mais persistante

Le surendettement des ménages demeure un indicateur clé de la précarité financière en France. En janvier 2025, le nombre de dossiers déposés auprès des commissions de surendettement a augmenté de 4,6 %, un chiffre en nette décélération par rapport à décembre 2024, où l’augmentation atteignait 11 %. Ce ralentissement témoigne, pour certains experts, d’une gestion plus prudente des finances par les ménages. Cependant, le volume global de ces dépôts confirme une situation encore fragile, impactée par des hausses constantes des prix essentiels (énergie, alimentation) et un taux persistent d’endettement à la consommation.

En 2024, la Banque de France avait noté que 70 % des ménages surendettés étaient issus des classes populaires, nombre d’entre eux ayant été confrontés à des aléas professionnels ou personnels (chômage, maladie). Malgré une meilleure sensibilisation aux outils de gestion budgétaire, les causes structurelles, comme des crédits renouvelables mal encadrés ou des frais bancaires élevés, alimentent la spirale. Les femmes, notamment les mères célibataires, restent surreprésentées dans les statistiques, un constat inchangé depuis plusieurs années.

Parmi les solutions proposées, les campagnes d’éducation financière s’avèrent prometteuses. Des dispositifs comme les « Espaces conseil budget », instaurés depuis 2021 par l’État, se multiplient et accompagnent plus de 100 000 bénéficiaires chaque année.

Incidents de paiement : une amélioration encourageante des indicateurs

Dans le domaine des incidents de paiement, l’observatoire a relevé des évolutions plutôt positives en janvier 2025. Les inscriptions au Fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers (FICP) ont légèrement diminué de 0,6 % par rapport au mois précédent. Quant aux signalements au Fichier central des chèques (FCC), ils ont chuté de manière plus marquée, avec une baisse significative de 11,2 %.

Ce recul des incidents pourrait refléter une meilleure maîtrise des engagements financiers par les ménages. Plusieurs dispositifs y contribuent : le renforcement des plafonds protecteurs sur les découverts bancaires, instauré en milieu d’année 2024, et l’élargissement des procédures amiables visant à éviter des mesures judiciaires coûteuses. En parallèle, les établissements de crédit signalent une réduction des défauts liés aux petits crédits, grâce à une réglementation stricte mise en place pour évaluer la solvabilité des emprunteurs avant l’octroi de prêts.

Cependant, malgré cette relative amélioration, la vigilance reste essentielle. Les observateurs notent que les clients aux revenus les plus modestes restent disproportionnellement représentés parmi les incidents déclarés. Ces derniers continuent à subir des pénalisations par des frais supplémentaires, ce qui aggrave parfois leur situation économique globale.

Accès au compte bancaire : une meilleure inclusion des publics fragiles ?

L’une des mesures centrales du rapport est l’analyse des désignations de « droit au compte ». Instauré sur la base du « service bancaire de base », ce dispositif permet aux personnes exclues du système bancaire traditionnel d’avoir accès à un compte. En janvier 2025, le nombre de désignations a reculé de 13,8 % sur un mois. Cette diminution pourrait signaler une amélioration de l’inclusion financière, notamment grâce à l’élargissement des offres bancaires accessibles et à l’intervention proactive de certains réseaux associatifs.

Depuis 2014, près de 7 000 désignations de droit au compte sont effectuées chaque année, permettant à des individus jusqu’alors exclus de réintégrer le système bancaire. Cependant, plusieurs associations, comme l’UFC-Que Choisir, pointent des obstacles persistants. Certaines banques hésitent encore à assumer ce rôle d’inclusion, même face à des recommandations explicites de la Banque de France. L’accès reste particulièrement problématique pour les personnes sans domicile fixe ou avec un statut migratoire temporaire, qui rencontrent encore des difficultés à fournir la documentation requise.

Pour pallier cette situation, des initiatives comme les « Banques Solidaires » se multiplient dans certaines régions. Ces structures facilitent non seulement l’ouverture de comptes, mais aussi des formations pour autonomiser leurs bénéficiaires sur des sujets comme la gestion numérique de leurs finances.

Les enjeux futurs de l’inclusion financière en France

Face à ces tendances contrastées, il est clair que l’inclusion financière reste un défi structurant pour la société française. Les efforts entrepris récemment par la Banque de France et d’autres acteurs montrent des résultats encourageants, mais il reste beaucoup à faire. Les hausses de prix et le climat économique restent des facteurs de risque constants, notamment pour les ménages peu ou mal préparés à des imprévus financiers.

Les prochaines réformes prévues, notamment dans le cadre du plan gouvernemental « France Relance Inclusif », visent à améliorer encore davantage les processus d’éducation économique. Les actions combinées des pouvoirs publics, des associations, et des établissements bancaires restent la clé d’une inclusion pérenne et égalitaire. De plus, la transition numérique de la finance représente un enjeu de taille : alors qu’elle peut simplifier l’accès, elle pourrait également exclure ceux qui ne maîtrisent pas les outils technologiques nécessaires.

En somme, le baromètre de janvier 2025 ne se contente pas de montrer l’état des lieux : il incite à l’action. La lutte pour une meilleure accessibilité financière, bien que complexe, demeure l’un des piliers de la cohésion sociale en France.