Depuis une dizaine d’années, l’investissement en actions regagne en popularité parmi les particuliers en France. Le 8ème Baromètre de l’épargne et de l’investissement, publié par l’Autorité des marchés financiers (AMF) en octobre 2024, révèle des chiffres significatifs sur cette transformation des comportements financiers. Ce document met particulièrement en lumière une dynamique portée par les jeunes générations de moins de 35 ans, prêtes à prendre davantage de risques pour optimiser leur épargne. Ce regain d’enthousiasme pour les placements en actions s’accompagne toutefois d’une approche prudente vis-à-vis des actifs plus volatils, comme les cryptomonnaies. Dans ce contexte, il semble que l’appui des conseillers financiers reste une valeur refuge pour de nombreux épargnants.
Sommaire
Une dynamique positive pour les jeunes investisseurs
Les résultats du baromètre AMF indiquent une mutation marquée du paysage de l’investissement en France. En 2024, 53 % des individus âgés de moins de 35 ans se sont déclarés prêts à investir dans des actions dans les 12 prochains mois. Ce chiffre représente une progression nette par rapport à 2023, où ce taux atteignait seulement 42 %. Cette tranche d’âge affiche une appétence croissante pour les placements boursiers, attirée par des perspectives de rendement plus intéressantes que celles des épargnes traditionnelles.
Ce virage s’explique notamment par le contexte économique global. Les jeunes générations, confrontées à des taux d’intérêt historiquement faibles et à une inflation persistante, perçoivent les actions comme une solution efficace pour dynamiser leur patrimoine. En parallèle, l’essor des plateformes d’investissement en ligne a facilité l’accès aux marchés financiers. Des applications telles que Trade Republic, eToro ou Boursorama Invest proposent des interfaces intuitives et des frais compétitifs, séduisant de nouveaux profils d’investisseurs.
Cette tendance n’est pas sans risques. Les jeunes investisseurs affichent une plus grande tolérance au risque. Toutefois, des études montrent que certains d’entre eux s’aventurent sur des marchés qu’ils maîtrisent encore mal. Une enquête mondiale de Charles Schwab (2023) révèle que près de 30 % des investisseurs milléniaux entrent en bourse sans réelle formation ou stratégie, s’appuyant davantage sur les réseaux sociaux ou des influenceurs que sur des analyses rigoureuses.
Montée en puissance des actions face aux autres actifs
Les actions attirent les investisseurs en raison de leur potentiel de rendement supérieur à celui des actifs traditionnels. En comparaison, les produits d’épargne sécurisés tels que les livrets bancaires ou les assurances vie en euros offrent des rendements faibles – souvent inférieurs à 2 %. En revanche, les indices boursiers comme le CAC40 ont enregistré des hausses significatives ces dernières années, séduisant les particuliers en quête de croissance.
En revanche, le baromètre met en lumière un contraste avec les cryptomonnaies. Bien que technologiquement innovants, ces actifs pâtissent d’une perception de risque élevé. Seuls 12 % des sondés les considèrent intéressants pour un investissement long terme – un chiffre bien inférieur à ceux concernant les actions. Des épisodes récents, comme l’effondrement de FTX en 2022 ou les vagues de volatilité extrême de Bitcoin, ont refroidi nombre d’épargnants. Ces événements rappellent la nécessité d’une approche éclairée et diversifiée, souvent mise en avant par les professionnels du secteur.
Face à ces constats, les actions jouissent d’un équilibre : bien que moins fluctuantes que les cryptos, elles offrent des rendements plus intéressants que les produits garantis. Elles constituent ainsi une voie médiane idéale pour ceux qui souhaitent diversifier sans prendre de risques excessifs.
Les conseils financiers : un atout apprécié des épargnants
Un autre enseignement marquant du baromètre concerne la perception des conseils financiers. Aujourd’hui, près de 70 % des investisseurs réguliers déclarent bénéficier de conseils adaptés à leurs besoins et à leur profil de risque. Cet accompagnement est jugé particulièrement pertinent pour les débutants ou les épargnants aux ambitions modestes.
Le rôle des conseillers est crucial dans la démocratisation de la bourse. Ils permettent de clarifier des concepts complexes tels que la gestion du risque, la diversification ou la fiscalité des investissements. Cette montée en compétence contribue aussi à réduire l’appréhension face aux placements boursiers. Le rapport note toutefois une limite : les frais liés à ces services, encore jugés trop élevés par certains utilisateurs, constituent un frein possible à leur adoption.
À terme, le soutien des conseillers humains pourrait être complété par des solutions innovantes. Les robo-advisors, par exemple, jouent déjà un rôle croissant en proposant des stratégies automatisées adaptées au profil de l’épargnant. Leur croissance rapide – représentant 25 % du marché global de la gestion d’actifs automatisée en 2024 selon Statista – témoigne de leur intérêt.
L’avenir de l’investissement : perspectives et précautions
Les données du Baromètre 2024 laissent entrevoir un avenir prometteur pour les investissements en actions. Si les jeunes générations restent les moteurs de cette dynamique, plusieurs défis devront être relevés.
D’abord, une meilleure éducation financière est indispensable. Bien que des initiatives aient été lancées dans ce domaine (comme les programmes pédagogiques de l’AMF), beaucoup d’investisseurs débutants manquent encore des bases nécessaires à des décisions éclairées. Des campagnes plus ambitieuses, ciblant spécifiquement les 18-35 ans, pourraient consolider cette tendance tout en réduisant les risques liés à des comportements spéculatifs.
Ensuite, l’évolution de la régulation jouera un rôle clé. Croissant de manière parallèle aux crypto-actifs, le marché des actions devra s’assurer de conserver une transparence et une structure encadrée. Cela passe par des efforts accrus pour limiter les abus, notamment en ce qui concerne les frais cachés ou les pratiques trompeuses des courtiers.
Enfin, un véritable challenge pour l’avenir réside dans l’équilibre entre accessibilité et sécurité. Si l’on souhaite encourager davantage de Français à investir, il est crucial de maintenir un cadre qui inspire confiance tout en offrant des outils modernes et accessibles. Les plateformes en ligne, les formules d’investissement simplifiées (ETF, robo-advisors) et les campagnes d’éducation devront harmoniser ces objectifs.
Une nouvelle ère pour l’épargne et l’investissement français
L’édition 2024 du Baromètre AMF matérialise un renouveau pour l’investissement en France, porté par des jeunes investisseurs désireux d’optimiser leur épargne. Les actions séduisent grâce à leur potentiel de croissance, tandis que les cryptomonnaies affrontent encore des défis de confiance. La montée en qualité des conseils financiers vient par ailleurs rassurer les épargnants novices.
Pour autant, ce dynamisme devra s’accompagner d’une vigilance accrue. Éduquer, protéger et moderniser restent trois piliers essentiels pour transformer durablement l’épargne des ménages français. Avec une approche équilibrée et inclusive, le marché boursier pourrait devenir, plus que jamais, une source de croissance patrimoniale accessible à tous.